Rapport sur les auxiliaires allemandes disparues dans la Vienne

Gertrud Mergelé-juin1944

Le jeune auxiliaire de 23 ans ( à gauche) Gertrud Mergelé-a disparue à la prison FFI «Katow» à Bourg-Archambault en août 1944

 Rapport sur la présence d’auxiliaires féminines militaires allemandes à Bourg-Archambault.

En introduction du présent rapport, ma recherche concernant la disparition d’auxiliaires féminines allemandes en Poitou, à commencer en octobre 2003, suite à la découverte d’une exécution sommaire contre les prisonnières allemandes dans le cimetière du village de Saint-Cyr, proche de Poitiers.

1- Identification des disparues allemandes

Toute la démarche de recherche a été d’identifier cinq jeunes femmes disparues. En 2006, les archives nationales britanniques à Londres, ont permis d’identifier les cinq femmes auxiliaires allemandes dans un rapport confidentiel de renseignement envoyés par les SAS français. Ce rapport envoyé en date du 21 août 1944, indique les noms et l’âge des captives allemandes :

(Source Archives nationales UK-centre de Kew à Londres : références W0 219-115)

«Capture d’un camion radio allemand le 13.08.1944 par embuscade sur la route de Poitiers (U4778) au Blanc (Q 0287) exactement en U 725 765 (Chauvigny) Matériel capturé : un camion radio marque OPEL. (…)Il résulte de l’interrogatoire des 5 prisonnières (remises dans camp du Maquis)

Gertrud MEGERLE (23 ans)

Anne liese KRAUSS (22 ans)

Marthe GARBADE (25 ans)

Katin BERND (31 ans)

Irene HERWIG (22 ans).

Ces prisonnières une fois interrogés furent remises dans un camp du Maquis. Les WAAFs (Helferin’s) travaillaient à Bordeaux-Merignac, soit au téléphone soit au poste Météo. Signature : Vallières».

Entre 2006 et 2010, suite à cette première identification, des nouvelles recherches sont effectuées auprès des archives départementales de la Vienne, celles de la Croix Rouge et de la WAST (service de recherche des soldats portés disparus allemands), et des services historiques du château de Vincennes à Paris.

2- Identification des sources et de la problématique de disparition

Des archives de la Croix Rouge allemandes confirment des demandes de recherches entre 1947 et 1959, effectuées par la VDK et la Croix Rouge auprès de la ville de Poitiers, à la demande des parents de Mlle Gerrud Mergelé et Anneliese Krauss. On retrouve la piste de ces documents aux archives municipales de Poitiers, ne laissant aucun doute sur le sort de «Mlle Anneliese Krause, employées militaire qui aurait été fusillée avec 3 autres employées dans un champ de Poitiers» indiquent les documents. La Croix Rouge confirme «avec elle était Gertrud Megerlé, née le 15-5-21, qui paraît avoir subi le même sort» . La ville de Poitiers a répondu négativement à la découverte de corps inhumés localement. Dossier clos en 1959.

En dernier lieu, une nouvelle communication des archives de la ville de Poitiers me confirme en mars 2104 que Mlle Krauss et Mlle Mergelé n’ont jamais été enterrées à Poitiers (liste de tous les PGA morts à Poitiers entre 1939 et 1945).

3- Témoignage des familles des femmes «portées disparues» et de la survivante Irene Herwig

En septembre 2012, accompagné de Philippe Coignot et de M. Jean-Marie Kraemer, gendarme retraité parlant allemand, je rencontre M. Ekkehardt Jahn et sa femme Mme Suzanne Jahn, née Megerlé, dont son arrière grand-tante, Gertrud Mergelé, portée disparue en France depuis 1944.

Elle nous a mentionné le souvenir d’une lettre reçue de France, d’un prêtre inconnu qui écrivait avec regret que «Mlle Gertrud Megerlé avait été tondue, violée et fusillée dans un village français». Ensemble, nous avons évoqué la souffrance la cruauté en temps de guerre, citant le massacre d’Oradour-sur-Glane et la tragédie de Maillé pour expliquer le contexte de l’Occupation allemande dans la Vienne.

En février 2014, j’ai identifié l’auteur de la lettre rédigée en 1947, soit l’archiprêtre du diocèse de Poitiers

Nous rencontrons Mme Herwig écoute l’histoire des fusillé(e)s de Saint-Cyr. Puis Mme Herwig offre un témoignage direct sur sa captivité poitevine. «Depuis la guerre, j’ai toujours peur d’être fusillée. Les partisans nous disaient de ne pas fraterniser avec eux sinon ils nous fusilleraient sur place».

La mémoire est confuse, puis bloque sur d’autres détails de sa détention. « je me souviens d’une chapelle proche de notre détention. J’ai travaillé dans une cuisine comme prisonnière. J’avais peur…Des hommes venaient souvent nous menaçant, je ne sais plus. Les autres filles ont été emmenées pour une histoire de boulangerie ou de pains. Puis plus de nouvelle des autres, alors nous comprenions que…».

Mme Wagner, fille de Mme Herwig, confirme qu’elle ne connaissait pas cette histoire.«Ma mère est revenue un an après ses valises en octobre 1945, car elle avait été déclarée disparue en France ». Après son retour, Irène a gardé le silence pour oublier et se marier en novembre 1946, pour que la vie continue encore tranquillement à D. en Allemagne.

4- En 2013 de nouvelles archives ouvrent la direction de Bourg-Archambault.

De nouveaux documents et témoignages confirment que les cinq auxiliaires capturées ont été envoyées au camps de prisonniers FFI , situé dans le château Bourg-Archambault . Une archive de la Croix Rouge en Suisse confirme une carte de PGA (prisonniers de Guerre Allemand) envoyée par Mlle Krauss et Mlle Mergelé le 17 août 1944 depuis Bourg-Archambault, qui arriveront en octobre 1944 en Suisse. Mise à part le parcours exceptionnel de Mlle Irene Herwig qui a été transféré dans un camp de prisonnier américain fin 1944-début 1945, les autres auxiliaires allemandes sont portées disparues depuis le camp de Bourg-Archambault.

La problématique du camp de PGA à Bourg-Archambault entre septembre et novembre 1944 est importante car même si il n’existe pas vraiment de documentation sur la gestion du château comme camp de prisonnier, je mentionne que dès septembre 1944, le CLD (Comité de Libération Départemental- représentant le gouvernement provisoire de la France Libre ) évoque des exactions contre des prisonniers et des civils français dans le village de Bourg-Archambault. Le cas des 27 civils français fusillés a u Moulin en Juillet 1944 est le plus connu.

Plusieurs prisonniers PGA venant de Bourg-Archambault ont été fusillés sur la Place d’Armes de Poitiers le 20 septembre 1944, d’autres ont «disparus» sans aucune information. Parallèlement, une nouvelle archive départementale de la Vienne permet d’identifier que les femmes allemandes fusillées à Saint-Cyr ne sont pas les auxiliaires disparues à Bourg-Archambault. Il s’agit  donc d’un autre dossier plus complexe. Une archives municipales de la ville de Poitiers ouvre une nouvelle porte sur la disparition des auxiliaires identifiées ci-dessus.

5- Conclusion de cette recherche depuis 10 ans

En 2014, plusieurs indices et documents évoquent sérieusement la possibilité que les jeunes femmes auxiliaires allemandes aient été fusillées proche de l’ancien camp de prisonniers PGA, sur la propriété du Château de Bourg-Archambault. Des témoignages informels définissent la problématique de l’exécution sommaire de PGA.