Le village de Saint-Cyr en 1944 : un traumatisme pour deux exécutions sommaires en Poitou

1946-recueillement sur le lieu des exécutions à Bondilly de 1944

Les fusillés de Bondilly du 29 août 1944

Introduction sur l’histoire : Les oubliées de Bondilly-Saint-Cyr en 1944

Le titre de cette recherche historique, Les oubliées de Bondilly-Saint-Cyr en 1944, est volontairement sobre et sans artifice médiatique. C’est le nom d’un comité de citoyens du Saint-Cyr dans la Vienne, qui ont eu le désir de savoir et de comprendre le déroulement dramatique de faits effacés par la mémoire des hommes. Simple démarche historique, toutes les recherches et enquêtes liées à cette histoire ont été complexes, ardues, difficiles et éprouvantes. Elles touchaient de trop près des sensibilités familiales, des malaises d’une communauté traumatisée par des actes de guerre sanglants, mais surtout elles dérangeaient des vérités acquises comme des mensonges et des mensonges mis en avant comme des vérités intouchables.

La première recherche : les fusillés français de Saint-Cyr du 29 août 1944.

Mon enquête commence par une recherche documentaire concernant le massacre de six civils français le 29 août 1944 dans le village de Saint-Cyr, qui se trouve à 20 km au nord de la ville de Poitiers en France. Durant la Libération de l’été 1944, Michel Dubois, Désiré Berger, Roger Moine et ses trois fils Jean, Roger et Claude sont sommairement exécutés par plusieurs soldats allemands. Ces derniers avaient découverts des troncs d’arbres à la sortie du village sur la route départementale D82 en pleine nuit. Il est surprenant de constater en 2003 que ces faits semblent avoir été oubliés par les historiens locaux, pourtant peu avares à mettre en avant les nombreuses exactions allemandes dans la région.

Chronologie d’un coup de théâtre inattendu

Dès le début de mes recherches, je rencontre quelques difficultés à trouver des documents d’archives ou simplement une direction précise avec quelques lectures de monographies locales. L’enquête traine des pieds plusieurs mois jusqu’en janvier 2004. Le 21 janvier 2004 dans les « Mercredis de l’Histoire » sur la chaîne télé franco-allemande ARTE, un documentaire historique télévisuel , La reddition de la colonne Elster en 1944 de Barbara Dickenberger et de Mike Conant, présente rapidement une archive allemande portant les six noms des fusillés de Saint-Cyr. Surprise totale, la rediffusion du documentaire confirme un compte rendu en allemand des services du général allemand signalant que :

« La colonne prit la direction de Bonneuil Matours et le 29/8/44 à 1 heure, ils (la troupe allemande) traversèrent Bondilly. Les soldats qui se rendaient aperçurent des troncs d’arbres couchés sur la route. Ils réquisitionnèrent les hommes du village pour dégager la route et les fusillèrent sur place. Puis, la colonne continua sa route. Les identités des sacrifiés sont les suivantes : Berger Alexis (53 ans), Moine Roger (47 ans), Moine Jean (32 ans), Moine Roger (21 ans), Moine Claude (17 ans) et Dubois Michel (46 ans) ».

Le contexte historique autour de ce document exceptionnel est important. Officier responsable des dernières unités allemandes remontant vers l’Allemagne en provenance du sud de la France, le général de brigade Botho Henning Elster prend en charge la déroute allemande. Il ordonne que les différentes unités sous ses ordres respectent impérativement les ordres de ne pas s’en prendre à la population civile française. Le vent de la défaite a commencé à souffler pour les troupes allemandes en France. Les Américains sont proches et le Général Elster n’est pas pressé de revoir Hitler en Allemagne, depuis le putsch manqué du 20 juillet 1944.


Le Général allemand Botho Henning Elster (1894-1952) est un anti-nazi convaincu et considéré par Hitler comme un responsable de l’attentat manqué du 20 juillet 1944. Commandant de la Feldkommandantur de Marseille entre avril et septembre 1944, le Général Elster est nommé chef du groupe sud lors de la retraite des dernières unités allemandes composées de 20 000 hommes et femmes. Dès son arrivée dans Poitiers, il prend contact avec la résistance pour se rendre aux troupes américaines le 14 septembre 1944 à Beaugency sur un pont de la Loire avec les honneurs militaires pour ses troupes.

Ma première réaction est de consulter les archives municipales de Poitiers, où je retrouve en microfilms les journaux de l’époque donnant des informations précieuses sur des faits inédits. Dès le 31 août 1944, le Général Elster reçoit une plainte officielle de Louis Bourgain, préfet de région du gouvernement vichyste, pour les massacres de civils des villages poitevins de Gençay et de Saint-Cyr (référence préfectorale : document 26 399).

Par voie de presse dans le journal collaborationniste de Poitiers « L’avenir de la Vienne et de l’Ouest » du lundi 04 septembre 1944, sous la rubrique « exécutions sommaires », le général allemand répond à la plainte du préfet régional,par un communiqué daté du 01er septembre. Il communique les ordres donnés à ses troupes placées sous sa responsabilité : « Monsieur le Général a répondu, le 1er septembre, qu’il regrettait infiniment ces événements mais que les troupes qui s’étaient livrées à ces excès n’étant pas sous son commandement, il saisirait dans toute la mesure du possible le Commandant intéressé pour enquête et sanctions très sévères et qu’il espérait que de semblables faits ne se renouvelleront pas ».

Nouveau contexte de la recherche en février 2004.

C’est véritablement après le reportage d’ARTE de janvier 2004, que des personnes issues du village de Saint-Cyr m’ont parlé pour la première fois d’une exécution de plusieurs filles « boches » dans le vieux cimetière. Poussant un peu plus loin mes interrogations avec surprise, je me rend compte que les paroles lâchées concernant « ses vieilles histoires passées », embarrassent fortement tout le monde. Touchant un domaine très sensible, j’ai décidé de reprendre les recherches sur les français fusillés en ouvrant une nouvelle direction vers la présence réelle ou non de femmes exécutées dans le cimetière. Après avoir découvert les documents concernant les excuses du général Elster dans les journaux de 1944, j’étends mes recherches en amont pour comprendre les oppositions des historiens locaux à écrire sur les martyrs français de Saint-Cyr. Une aide précieuse de plusieurs habitants de ce village me permet d’ouvrir les mémoires.

Quelques mois plus tard, la confirmation officielle de la présence de femmes allemandes dans le cimetière est découverte dans un document du CRDP de Poitiers (Centre Régional de Documentation Pédagogique). Elle confirme une seconde exécution sommaire en donnant une meilleure chronologie des faits au début de septembre 1944. Un témoignage écrit figure dans les archives départementales et nationales du « Comité d’histoire de la seconde guerre mondiale » créé dès 1946.

Madame Lydia Lainé, alors institutrice à Dissay, a laissé un témoignage daté du 29 novembre 1947 repris dans le dossier documentaire du C.R.D.P. établi par le chroniqueur et historien poitevin Roger Picard et d’un historien archiviste, monsieur Gaston Racault :

« Ce massacre (les six français de Saint-Cyr) avait exaspéré les haines. Trois jours après, trois femmes des services auxiliaires, appelées les souris grises, tombaient sous des balles vengeresses, exécutées à leur tour dans le cimetière de Saint Cyr ». Témoignage de Lydia Lainé dans Picard Roger et Racault Gaston, La Vienne pendant la seconde guerre mondiale : tome III 1944 – INRDP et CRDP, Poitiers, 1976-1980, chap. II, p. 196.


Les hypothèses de recherches autour des femmes allemandes de Saint-Cyr.

La difficulté depuis février 2004 est de percer un mur du silence entretenu depuis 60 ans. Le travail de sape que j’ai commencé a consisté à mettre au pied du mur certaines personnes, en provoquant des réactions et en introduisant quelques affirmations aléatoires ou exagérées qui ont permis d’ouvrir un peu plus la faille.

En parallèle, j’ai pris contact avec monsieur Julien Hauser, conservateur français du cimetière militaire allemand de Berneuil, avec qui depuis je travaille sur le projet.Le cimetière militaire allemand de Berneuil est situé à dix kilomètres au sud de Saintes. Sa création est née d’un accord conclu en 1954 entre les gouvernements français et allemand. Inauguré le 24 juin 1967, il est géré par l’association allemande VDK soit «Volksbund Deutsche Kriegsgraberfursorge».

En avril 2004, j’ai établi une chronologie des faits historiques sur la Libération de la Vienne entre juillet et septembre 1944. J’ai découvert la présence de commandos parachutistes anglais et français largués dans le département, confirmant des engagements militaires importants entre les allemands et la résistance française. Ce retour chronologique m’a donné de nouvelles directions de recherches, me permettant de mieux concentrer mon enquête autour de l’origine géographique des femmes de Saint-Cyr.

De ce fait, de nouvelles informations me donnent une hypothèse de base à partir de la présence de militaires alliés dans la région. Des archives britanniques, concernant les rapports d’activités de plusieurs unités parachutistes de sabotage, rapportent une attaque contre un convoi où trois soldats allemands tués et cinq femmes auxiliaires capturées, en date du 13 août 1944 à Chauvigny. Se trouvant à 25 km de Saint-Cyr vers l’Est, Chauvigny a été un lieu de durs combats entre la Résistance, les paras alliés et les troupes allemandes. Un extrait de ce rapport est publié par l’association d’anciens combattants du VRID (Vienne Résistance Internement Déportation).

 

Auxiliaires allemandes de la Lutwaffe en France-1944

Les cinq auxiliaires féminines allemandes ont été faites prisonnières dans ce convoi attaqué par le groupe de parachutiste Special Air Service (SAS) français du 3e Régiment Commando Parachutiste (RCP). Nos recherches ont porté leurs fruits en découvrant le nom du chef de l’unité commando, le Lieutenant SAS Claude Vallière. En fouillant plusieurs sites Internet sur les commémorations de la Libération, j’ai retrouvé tous les noms et membres du groupe Vallières, ainsi que la véritable identité et fonction du Lieutenant Vallière.

 

Membre des services de renseignement militaire des SAS français, il a toujours refusé de répondre à toute question des historiens sur ses activités parachutistes SAS après la fin du conflit. Ma principale hypothèse est d’établir un lien entre les cinq prisonnières des SAS français et les trois femmes allemandes mentionnées de Saint-Cyr.

Les témoignages concrets sur cette exécution

Le premier est le témoignage écrit de madame Lydia Lainé, qui situe dans le temps cette exécution dans les trois jours après la cérémonie d’enterrement qui eut lieu le 31 août 1944 dans le cimetière de Saint-Cyr. Après vérification personnelle auprès des fonds de la paroisse de Dissay, les bulletins paroissiaux de la cure de Dissay, dont dépend Saint-Cyr, confirment l’inhumation des civils français par monsieur le curé Achard, mais ne mentionnent pas la présence de femmes allemandes dans le cimetière.

Le second témoignage provient d’une habitante de saint-Cyr, madame Gisèle Chevalier, née Maligne, qui rapporte que son père fut réquisitionné par les maquisards pour devenir un des témoins « volontaires » de la « vengeance patriotique ». Monsieur Maligne travaillant à la manufacture de Châtellerault vient de terminer sa journée. Il se trouve au café du village de Saint-Cyr avec d’autres habitants entre 17 h et 18 h, lorsque plusieurs hommes avec des brassards FFI entrent dans le café. Sans véritable explication, les FFI réquisitionnent trois hommes dont Monsieur Maligne et plusieurs des membres du conseil municipal dont le maire Sarrazin. Ils les font monter à l’arrière d’un grand camion.

Dans ce camion, les témoins se retrouvent avec des jeunes femmes complètement terrifiées. Elles semblent comprendre ce qui les attend, car l’une d’entre elles parle un peu français. Selon le témoignage de madame Chevalier, il y a eu une attente d’une heure avant que les femmes soient descendues du camion pour être dirigées vers le lieu d’exécution.

Trois femmes ont été mitraillées dans le coin nord-est du cimetière, où elles seraient encore présentes en terre. Une des femmes s’est présentée comme autrichienne car elle parlait le français. Les femmes ont été placées devant une tranchée creusée. La première fusillade a été tirée dans les jambes, puis une seconde dans le ventre et enfin un coup de grâce pour chacune des femmes a été tiré dans la nuque, avant de basculer les corps dans la fosse.

Deux autres témoignages confirmeraient qu’une des femmes était enceinte lors de son exécution. Jusqu’en 1986, le mur du cimetière portait les marques de la fusillade. Malheureusement ce mur a été détruit lors de l’agrandissement du cimetière à cette date.

Suite à une rencontre avec madame Chevalier et moi-même, le conservateur du cimetière militaire allemand, M. Julien Hauser, a confirmé que cette technique d’exécution militaire a déjà été observée sur d’autres corps de soldats allemands retrouvés dans le cadre de ses recherches en France. Deux autres témoignages sont venus confirmer la présence de ces femmes dans le cimetière, permettant d’établir une meilleure chronologie des faits. Le premier est celui d’un ancien gendarme de Jaunay-Clan Eugène P. qui aurait établi un document manuscrit sous forme de testament privé sur la période de l’Occupation et de la Libération en 2004.

« Deux groupes de résistants et militaires ont traversé la commune et se sont arrêtés pour exécuter des femmes dans le cimetière de Saint-Cyr. Le lendemain matin, j’ai parlé avec un témoin qui habitait proche du cimetière. J’ai aussi rencontré le Maire de St-Cyr qui habitait Bondilly. Un rapport a été fait mais je ne sais pas ce qu’il est devenu.» E.P mémoires.

J’ai eu une lecture par téléphone de ce document, mais le manuscrit a été rendu impossible d’accès par des tiers de la famille, qui ont bloqué toute discussion sur le sujet. Un passage indique que le gendarme P. est venu faire un constat des évènements de Saint-Cyr sur cette exécution. Après une rencontre avec le maire de l’époque, M. Sarrazin et de quelques habitants du village, un rapport a été fait indiquant la présence de deux camions aux abords du cimetière. Selon les témoignages recueillis par le gendarme, des militaires et des FFI étaient présents avec des prisonnières et qu’une exécution a eu lieu dans le cimetière. L’ex-gendarme indique dans son testament manuscrit ne pas savoir ce qui est advenu ce rapport de gendarmerie écrit en septembre 1944.

Le second témoignage provient de la sœur d’un des résistants présents lors de cette exécution, qui a bien voulu me donner une information capitale sur l’exécution de ces femmes. Son frère faisait parti d’un groupe résistant poitevin. Parti vivre au Québec dans les années 1950, ce monsieur a depuis raconté oralement les faits à sa famille restée en France, dont voici le résumé qui m’a été rendu. Résistant dans un groupe à Bonneuil-Matours, monsieur L. aurait participé à la surveillance de femmes tondues amenées en camion par d’autres résistants. Les hommes FFI les interpellent dans les termes de « putain de boches» ou «putain des boches».

Le témoin prend part au peloton désigné pour escorter ces femmes vers un lieu précis non mentionné au groupe. Plusieurs femmes sont réparties dans deux camions. Des officiers de la résistance en civil mais aussi en uniforme militaire accompagnent le convoi dans une traction avant noire.

L’ordre d’exécution aurait été donné sur place au peloton accompagnant le groupe de prisonnières. Ce témoignage n’a pas pu être confirmé directement, car monsieur L. est décédé dans la région de la ville de Sherbrooke, au Québec, en janvier 2006, malheureusement avant son interview par moi-même.

Des soldats professionnels face aux allemands : les parachutistes du 3e French Squadron SAS

Remontant le file de cette information à contre courant de l’historiographie locale, nous avons découvert qu’un groupe de cinq auxiliaires féminines allemandes qui ont été faites prisonnières dans un convoi attaqué proche de Chauvigny le 13 août 1944. Cette attaque était menée par un stick de parachutistes français du 3e Squadron SAS (Special Air Service), celui sous le commandement du lieutenant Claude Vallières.

stick-sabotage du Lt Vallières-Forêt de La Guerche août 1944

La problématique des SAS français et du lieutenant Vallières

Reprenant le travail des historiens R. Picard et G. Racault, le VRID a publié des rapports d’activité de l’opération «MOSES» du 3e bataillon SAS dirigé par le capitaine Simon, (de son vrai nom Jean Salomon).

«Il était convenu que l’opération «Bulbasket» mené par Tonkin (le 1er SAS britannique ndlr)serait poursuivi par un autre commando, français celui-là, et composé de parachutistes du 3ème bataillon S.A.S. C’est l’opération «Moses». Le 10 août, le commando fait mouvement sur la base «Moïse» au lieu-dit de « l’Age-Boutrie » sur la commune d’Adriers, à 20 km au sud-ouest de Montmorillon.»

 

Jeep armée du 1er SAS britannique en Poitou-1944

Pourtant, le compte rendu historique des activités militaires des parachutistes d’élites envoyés par Londres pour désorienter, déstabiliser et surtout traquer les troupes allemandes oublie un détail important. Oeil pour oeil, les SAS français ne faisaient pas beaucoup de prisonniers allemands, surtout après le massacre d’Oradour-sur-Glane du 10 juin 1944, la disparition de 32 paras du 1er SAS britannique du capitaine Tonkin à Verrières en juillet et enfin le massacre de Maillé en Indre-et-Loire du 25 août 1944.

Récemment, les recherches d’un journaliste allemand, Hans Greuel, sur l’histoire de l’exécution de 17 soldats allemands, dont son père, dans le village poitevin de Coussay-les-Bois ranimait des vives émotions. Parallèlement, un journaliste de la Nouvelle République, Hervé Cannet, publié une enquête en avril 2010, sur cette «vieille histoire» qui a réveillé des souvenirs douloureux et des réactions hostiles autour des histoires sanglantes entre le Maquis, les S.A.S et les troupes allemandes. Tous les reportages rapportent plusieurs témoignages de combats et d’accrochages furieux et sans pitié entre les S.A.S et les allemands.


Un reportage de Joel Furcy publié dans le journal poitevin Centre Presse en 1990 confirme la dureté des combats et le sens de la mission des SAS du capitaine Simon. La consigne des Sans Aucun Scrupules, tel que ce surnomment eux-mêmes les paras français de Londres, c’est « Pas de quartier pour les Boches… ». Dans cette perpective, la publication de Centre-Presse confirmait que 32 soldats allemands ont été fusillés huit par huit dans la forêt de La Guerche au Rond-du-Chêne, «attachés les uns aux autres, emmenés dans les bois, à 500 m environ de Marchais-Rond, et qu’en bordure d’une allée, dans le fossé, ils creusèrent eux-mêmes leur trous.».

Le capitaine SAS avait reçu la confirmation radio de Londres «Fusillez-les honnêtement, sans les martyriser», mais il épargna finalement un soldat polonais. En 1964, l’association des sépultures militaire allemandes, la VDK , est revenue chercher et identifier les dépouilles de ces 32 soldats, pour les enterrer dans le cimetière militaire allemand de Mont sur Huisne en Bretagne.

 

camion Radio Opel-pruefwagen 1938-Lutwaffe 1944

Helferin de la Lutwaffe téléphoniste-1944

Dans cette même optique, un autre témoignage précieux rapportait au journaliste la première attaque des SAS contre un convoi de la Kriegsmarine allemande le 13 août 44. On note qu’un véhicule en mouvement est attaqué. Un témoin indiquait qu’il transportait sept auxiliaires féminines allemandes faites prisonnières par les SAS. Malgré la divergence de témoignages à leur sujet, le journaliste rapporte «qu’au lieu de les abattre on les captura et on les ramena au camp». Si un témoin signale « qu’elles ont passé au moins une nuit dans les bois, un autre témoin évoque qu’elles auraient été exécutées tout de suite et enterrées au Marchais-Rond».

Une vérification auprès de la VDK et la WAST en Allemagne confirme qu’aucune femme n’a été retrouvées à cette endroit. En fait, la réalité de ces témoignages est un peu différente des comptes rendus classés au archives britanniques de Kew à Londres. En effet, comme tout officier britannique, le Lieutenant Vallières a envoyé un rapport confidentiel sur ses activités de sabotage et de renseignement au H.Q.G SAS de Londres.

Les archives britanniques comblent ainsi le vide des archives françaises sur le sort des cinq femmes auxiliaires allemandes capturées par les SAS. Ces cinq auxiliaires, Helferinnen en allemand, (Souris Grises pour les Français) travaillaient pour l’administration militaire allemande au sein des services de téléphonie et météorologie de la Lutwaffe établie à la base aérienne de Mérignac à Bordeaux.

 

rapport manuscrit du note-book du Lt Vallières-wo 218-193 british record

Un rapport secret indiquant Intelligence-Moses operation (référence Wo218 115 du British Record) a été envoyé au HQ SAS Troops par le Lieutenant Vallières, en date du 21 août 1944. ce rapport est issu de son carnet de guerre (wo218 193) qui mentionne :

« Capture d’un camion radio allemand le 13.08.1944 par embuscade sur la route de Poitiers (U4778) au Blanc (Q 0287) exactement en U 725 765 (autour de Chauvigny ndlr)

Matériel capturé : un camion radio marque OPEL avec en remorque un groupe electrogène état neuf (1500Km)-Installation parfaite.

Personnel à bord

3 hommes – tués

Erich SPARING / Joseph VANDICKEN / Karl ENGERBERT

Il résulte de l’interrogatoire des 5 prisonnières (remises dans camp du Maquis)

Gertrud HEGERLE NÉE LE 1.8.21 À NEUSTEIN

Anne liese KRAUSS …….. 9.8.22 À BENSHEIM

Marthe GARBADE………….1.3.19 À STEINFELD

Katin BERND……………….3.3.13 à BINGEN

Irene HERWIG……………..27.2.22 À DARMSTAD

Ces prisonnières une fois interrogés furent remises dans un camp du Maquis comme otages!!

J’ai exposé à ces demoiselles qui sont des WAAFS allemandes les atrocités auxquelles leurs compatriotes se sont livrés dans les villages français (en citant l’exemple d’ORADOUR sur les femmes et les enfants). Je leur ai expliqué que les Alliés ne feraient pas la guerre aux femmes mais que si les Allemands se livraient à de nombreux massacres elles seraient passées par les armes.

Résultat de l’interrogatoire

Les WAAFs (Helferin’s) travaillaient à Bordeaux-Merignac, soit au téléphone soit au poste Meteo. (…) La route suivi était BAYONNE-BORDEAUX-SAINTES-NIORT-POITIERS-LE BLANC..Le camion feraient partie d’un convoi passé 2 jours avant. Celui-ci avait une panne et a ensuite essayé de rejoindre. Le camion a été transformé en camion de démolition et sert pour le déplacements de ma section.»… Signature Vallières.

Le stick SAS du Lt Vallière et le camion de transmission allemand Opel 38


Quel Maquis et dans quel camp? Il ne peut pas s’agir de celui dans la forêt de La Guerche. Les rapports militaires indiquent que le stick Vallières rejoint le capitaine Simon le 25 août au Rond-du-chêne. Après recherche, nous déterminons que c’est le camp nommé «Beauvais» dans la forêt de Mareuil proche de Chauvingy, qui est signalé dans la feuille de route des SAS, pour cette période du 13 au 25 août. Il est important de retenir que le rapport en date du 21 août n’indique pas l’exécution des cinq femmes remises au Maquis. On peut supposer qu’à cette date, elles sont toujours vivantes et otages du groupe de Maquis qui les ont pris en charge. Ce rapport sur la prise des cinq Helferinens a été publié partiellement par les historiens locaux et repris dans le site du VRID «Reprise de l’activité des S.A.S» «Le 13 août, le groupe «Vallières», attaque un camion près de Chauvigny tuant 3 Allemands et capturant 5 auxiliaires féminines. Le 15, le commando se dirige à « Beauvais » à 3 km au nord-est de Chauvigny dans la forêt de Mareuil.».

Le sabotage des arbres de Bondilly le 26 août 1944

Suite à des recherches et des entrevues effectuées auprès de personnes de Saint-Cyr, mais également d’ancien résistants FFI de la Vienne. Il apparut évident aux historiens locaux en charge du dossier entre 1970 et 1982, que le sabotage des quatre gros chênes de la route de Bondilly était un travail de spécialiste militaire en explosif. Dans une lettre M,étant adressé en 2005, monsieur Roger Picard indique clairement «Le groupe Vallière est SAS et ni FFI; pour les habitants de Bondilly, ils étaient en uniforme anglais (parachutistes). la confusion N,est pas possible. Sont-ce les mêmes  »FFI » qui sont revenus fusiller les femmes des services allemands, je n’en sais rien. Aucun témoignage n’a permis de l’établir.».

Un détail de la lettre de Mlle Josiane Moine, e ndate de décembre 1944, confirme cette information.En effet, Mlle Moine indique clairement le bonheur familial et patriotique de ses frères «à voir des soldats français», et non indiqué comme FFI. L’autre point est l’utilisation d’un explosif spécialisé, le cordon Bickford, qui est l’explosif des sabotage SAS britannique et français. Le sabotage d’arbre massif demande une expertise technique importante et un autre historien poitevin m’a confirmé hors de tout doute que seul les parachutistes SAS connaissaient et utilisaient le maniement de ses cordons spéciaux.

Le contexte militaire des SAS était une mission de sabotage pour rediriger le maximum de troupes allemandes vers un point de bombardement massif. Les parachutistes du French Squadron ont ainsi permis à la Royal Air Force de neutraliser et détruire de nombreux véhicules ennemis. Roger  Picard confirme également que «C’est Simon qui demande par radio le mitraillage de la colonne Elster en septembre entre Coussay les Bois et Preuilly.». Les Hommes du capitaine Simon vont ainsi traquer et combattre de nombreuses unités allemandes perdues dans la campagne poitevine après le bombardement. La plus belle réussite militaire du stick Vallières est d’avoir dynamité le pont de Preuilly sur Claise, bloquant ainsi une forte colonne motorisée allemande qui fut bombardée entièrement.

Bibliographie et ressources documentaires


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